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TMS dans la logistique : coût, risques spécifiques et plan d'actions 2026

Le secteur transport et logistique est l'un des plus exposés aux TMS en France : selon la CNAM (2024), 89 % des maladies professionnelles reconnues dans ce secteur (CTN C) sont des TMS. Les postes les plus touchés sont le cariste, le préparateur de commandes (picking) et l'agent de réception. L'évaluation se fait au niveau du site, car la sinistralité varie fortement d'un entrepôt à l'autre. La prévention efficace combine adaptation des postes, prise en charge précoce et suivi organisationnel.

La logistique est structurellement un secteur à forte sinistralité de troubles musculosquelettiques. Manutention manuelle, gestes répétitifs, cadences soutenues, port de charges répété : les conditions de travail d'un entrepôt ou d'une plateforme concentrent les facteurs de risque. Cet article rassemble les chiffres vérifiés du secteur, les risques spécifiques poste par poste, la méthode d'évaluation adaptée à un entrepôt, ce qui marche réellement en prévention, et un plan d'action détaillé sur 90 jours.

Pourquoi la logistique concentre les TMS en France

Les TMS sont déjà la première cause de maladie professionnelle en France : selon l'Assurance Maladie (données 2024), ils représentent près de 90 % des maladies professionnelles reconnues au régime général, tous secteurs confondus. La logistique ne fait pas exception à cette règle : elle la porte à son maximum. Dans le secteur transport et logistique, la part des TMS et la fréquence des accidents dépassent la moyenne nationale, comme le montrent les données sectorielles de la CNAM que nous détaillons plus bas.

Les causes sont structurelles. Un cariste passe la journée assis, soumis aux vibrations et aux torsions cervicales. Un préparateur de commandes peut prélever plusieurs centaines de colis par heure, dans des gestes répétitifs et sous contrainte de cadence. Un agent de réception manipule des charges lourdes en poussée et en traction. Ces expositions ne sont pas accidentelles : elles sont inhérentes à l'activité. C'est ce qui distingue la prévention en logistique de la prévention dans un environnement tertiaire : on n'y supprime pas le risque, on le réduit et on l'organise. L'objectif réaliste n'est pas un entrepôt sans contrainte physique, mais un entrepôt où la contrainte est maîtrisée, répartie et suivie, de sorte qu'elle ne se transforme pas en pathologie durable.

L'enjeu s'est renforcé en 2026. La croissance du commerce en ligne accentue la pression sur les cadences de préparation, le vieillissement des opérateurs augmente la vulnérabilité, et la tension sur le recrutement rend chaque arrêt plus coûteux à remplacer. Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, un salarié absent pour TMS n'est pas seulement une charge : c'est une capacité opérationnelle en moins, difficile à remplacer rapidement, et un savoir-faire qui manque sur la ligne. La prévention des TMS n'est plus une option de confort : c'est un enjeu de continuité opérationnelle. Cet article couvre les chiffres vérifiés du secteur, les risques par poste, la méthode d'évaluation adaptée à un entrepôt, les interventions qui marchent et un plan opérationnel sur 90 jours. Pour le panorama général des TMS en entreprise, il complète notre guide TMS 2026.

Les chiffres du secteur logistique

Les données sectorielles proviennent du Livret statistique de la sinistralité AT/MP du CTN C (Comité Technique National C), publié chaque année par la Direction des risques professionnels de la CNAM. Le CTN C regroupe les industries des transports, de l'eau, du gaz, de l'électricité, du livre et de la communication : le transport et la logistique en constituent la part majoritaire, mais le périmètre est un peu plus large que la seule logistique. Nous le précisons pour ne pas surinterpréter les chiffres.

Le constat central est net. Selon la CNAM (2024), 89 % des maladies professionnelles reconnues dans le CTN C sont des TMS, soit 3 543 TMS reconnus en 2024, un nombre en hausse depuis 2020 (2 705 cas). La très grande majorité relève du tableau de maladie professionnelle numéro 57 (affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures), qui concentre à lui seul 87 % des TMS du secteur. Ces affections touchent principalement l'épaule (42,5 % des cas), le poignet, la main et les doigts (29,8 %), et le coude (27,0 %).

Figure : le paysage TMS de la logistique en France, 2026

Figure : le paysage TMS de la logistique (secteur transport-logistique, CTN C). Part des TMS et nombre de cas : CNAM, Livret de sinistralité AT/MP 2024 du CTN C, p.54 et p.56. Indice de fréquence des accidents du travail : CNAM 2024 (CTN C p.12 ; moyenne nationale, synthèse 2024 p.4). Le CTN C couvre aussi eau, gaz, électricité, livre et communication.

La sur-sinistralité se lit aussi sur la fréquence des accidents. En 2024, l'indice de fréquence des accidents du travail du CTN C est de 36,6 accidents pour 1 000 salariés, contre 26,4 tous secteurs confondus (CNAM, 2024), soit près de 40 % au-dessus de la moyenne nationale. Cet indice porte sur les accidents du travail au sens large, pas sur les seuls TMS, mais il illustre le niveau d'exposition physique du secteur.

Cette sinistralité a une traduction financière directe. Le secteur logistique paie une cotisation accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP) plus élevée que la moyenne, précisément parce que cette cotisation est calculée sur la sinistralité réelle des trois dernières années. Ce mécanisme de tarification a un corollaire vertueux : une entreprise qui réduit durablement ses TMS voit, avec un décalage, sa cotisation baisser. La prévention n'est donc pas seulement une dépense de conformité, c'est un levier sur un poste de charge bien réel. Le secteur couvre principalement les codes NAF 49 (transports terrestres), 52 (entreposage et services auxiliaires des transports) et 53 (poste et courrier). Une nuance pratique : la logistique interne d'un industriel peut relever d'un autre CTN que le C, ce qui doit être clarifié au cas par cas. Pour la méthode de chiffrage du coût d'un TMS, voir notre analyse du coût d'un TMS pour l'entreprise.

Les risques TMS spécifiques par poste logistique

La force d'une évaluation logistique tient à sa granularité poste par poste. Chaque grand poste type concentre des contraintes distinctes et appelle des leviers de prévention différents.

Le cariste est exposé aux postures assises prolongées, aux vibrations du corps entier transmises par le chariot, et aux torsions cervicales répétées liées à la rétrovision. Les zones les plus affectées sont le rachis lombaire, les cervicales et les épaules. Les leviers prioritaires sont le réglage du siège et des rétroviseurs, et l'organisation de pauses actives.

Le préparateur de commandes (picking) cumule les gestes répétitifs du membre supérieur, la cadence, des ports de charges variables et une station debout prolongée. Les épaules, les poignets et le rachis lombaire sont les plus sollicités, ce qui est cohérent avec la prédominance de l'épaule dans les statistiques du tableau 57. Les leviers sont l'aménagement des hauteurs de prélèvement et les aides mécaniques.

L'agent de réception ou d'expédition manipule des charges lourdes, avec des gestes en poussée et en traction et de fortes contraintes lombaires. Ce sont ces contraintes qui alimentent les affections chroniques du rachis lombaire, reconnues au titre d'autres tableaux de maladie professionnelle que le tableau 57, mais bien présentes dans la sinistralité du secteur. Les leviers prioritaires sont les transpalettes électriques et les tables de travail à niveau constant, qui suppriment une partie des efforts de soulèvement.

Le manutentionnaire polyvalent, lui, cumule des expositions de plusieurs postes, avec une alternance imprévisible qui complique la récupération. La polyvalence, souvent présentée comme une solution de rotation, peut devenir un facteur de risque si elle n'est pas organisée : passer sans transition d'un poste de picking à un poste de réception additionne les contraintes au lieu de les répartir. Enfin, l'agent administratif ou de control tower relève d'un TMS bureautique : travail sur écran prolongé, posture statique, sollicitation des cervicales et du canal carpien. Ce poste est souvent oublié dans les DUERP logistiques, concentrés sur les zones opérationnelles, alors qu'il représente un risque réel et facile à corriger.

Figure : les postes logistiques les plus exposés aux TMS

Figure : postes logistiques les plus exposés aux TMS (fiche pratique). Les affections périarticulaires (tableau MP 57) concentrent 87 % des TMS du secteur en 2024 (CNAM, Livret CTN C 2024, p.57), avec l'épaule (42,5 %), le poignet-main-doigt (29,8 %) et le coude (27,0 %) comme principales localisations.

Cette cartographie par poste n'est pas qu'un exercice descriptif : elle conditionne la priorisation du plan d'actions. Un entrepôt qui investit d'abord sur ses postes de picking et de cariste, les plus exposés, agit sur le gros du risque.

Comment évaluer les risques TMS dans un entrepôt

L'évaluation des risques TMS d'un site logistique se conduit à trois niveaux complémentaires.

Le premier niveau est la cartographie du poste. Elle mobilise des outils ergonomiques reconnus : la méthode RULA ou REBA pour la posture globale, la méthode OCRA pour les gestes répétitifs du picking, et la méthode INRS pour l'analyse de la manutention manuelle. Ces outils objectivent l'exposition et fournissent la traçabilité qu'un DUERP doit contenir.

Le deuxième niveau est l'évaluation individuelle, pour identifier les salariés à risque de chronicité avant que la douleur ne s'installe. C'est ici que se situe l'approche AXiO, qui combine deux indices. L'Indice de Risque AXiO (ARS) mesure l'exposition au poste. L'Indice de Chronicité AXiO (ACI) mesure la trajectoire individuelle : il est calibré sur le Chronic Pain Grade de Von Korff et sur les probabilités de transition de Von Korff & Miglioretti (2005), c'est-à-dire sur des publications scientifiques évaluées par les pairs. La méthodologie complète de l'ACI est détaillée dans notre article sur l'Indice de Chronicité AXiO.

Le troisième niveau est l'analyse organisationnelle : la cadence, la rotation entre postes, le ratio entre le nombre de préparateurs et les volumes traités, et le plan de charge saisonnier. En logistique, ces facteurs organisationnels pèsent autant que l'ergonomie du poste isolé. Un poste parfaitement réglé mais soumis à une cadence intenable reste un poste à risque. C'est particulièrement vrai lors des pics d'activité saisonniers, où l'augmentation des volumes se traduit mécaniquement par une intensification des gestes, souvent sans renfort proportionnel des effectifs. L'analyse organisationnelle est aussi ce qui distingue une évaluation TMS logistique sérieuse d'un simple audit de postes.

Un point mérite d'être souligné, car il est contre-intuitif. En logistique, la variabilité de la sinistralité entre deux entrepôts d'un même groupe est souvent supérieure à la variabilité entre secteurs. Deux plateformes voisines, avec le même métier et le même effectif, peuvent afficher des taux de TMS très différents selon leur organisation, leur management de proximité et leur historique. L'évaluation doit donc se faire au niveau du site, jamais sur la seule moyenne sectorielle. Une donnée nationale cadre le problème ; elle ne le résout pas.

Ce qui marche en prévention TMS logistique

Quatre familles d'intervention ont une efficacité documentée, et c'est leur combinaison qui produit les résultats.

La première est l'adaptation du poste. Pour les caristes, le réglage du siège et des rétroviseurs. Pour les zones de picking, l'aménagement des hauteurs de prélèvement, de l'éclairage et de l'ergonomie du chariot. Pour les postes à port de charge lourd, les aides mécaniques : transpalettes électriques, et exosquelettes ciblés sur les postes qui le justifient réellement.

La deuxième est la sensibilisation et la formation aux gestes et postures. Elle est efficace en combinaison avec l'adaptation du poste, mais peu efficace lorsqu'elle est menée isolément. Former un opérateur à un bon geste sur un poste mal conçu ne suffit pas.

La troisième est la prise en charge individuelle précoce : le dépistage systématique, puis une intervention ostéopathique ou de kinésithérapie du travail sur les salariés à ACI élevé, avant que la chronicité ne s'installe. C'est le levier qui agit sur la sévérité des cas, pas seulement sur leur nombre.

La quatrième est le suivi organisationnel : la rotation entre postes, le lissage du plan de charge, et des indicateurs de sinistralité suivis mensuellement. C'est le levier le plus structurel, car il agit sur les causes plutôt que sur les conséquences. Une rotation bien conçue répartit l'exposition sur des groupes musculaires différents et laisse à chacun le temps de récupérer ; mal conçue, elle ne fait que déplacer le risque. Le suivi mensuel des indicateurs, lui, permet de détecter une dérive avant qu'elle ne se traduise en maladies professionnelles reconnues, avec le décalage de deux à trois ans qui caractérise ces reconnaissances.

Un principe traverse ces quatre familles : l'action précoce est plus efficace et moins coûteuse que la réparation. Intervenir sur un salarié dont l'Indice de Chronicité commence à monter, avant que la douleur ne s'installe durablement, évite la bascule vers la chronicité, qui est le principal moteur du coût durable d'un TMS. C'est ce qui justifie de dépister avant de traiter, et d'évaluer avant d'équiper.

Sur le retour attendu, la référence est le ratio de 2,2 euros de bénéfice pour 1 euro investi (ISSA / DGUV 2013, Bräunig & Kohstall, environ 337 employeurs européens). Ce ratio est à attribuer à l'ISSA, pas à l'EU-OSHA, et nous ne reprenons pas le chiffre de 4,80 euros qui circule sans source primaire. Le détail de cette démonstration figure dans notre article sur le ROI de la prévention TMS. L'approche AXiO retient l'APR (ROI de Prévention AXiO), une fourchette conservatrice de 2 à 5x, calibrée sur ce socle. Concrètement, la Journée Pilote produit une baseline au niveau du site (distribution ACI, ARS par poste), puis un programme sur douze mois calibré sur cette baseline. Pour bâtir le dossier budgétaire complet, voir notre guide du business case prévention.

Un plan 90 jours pour une PME/ETI logistique

Un site logistique de 50 à 2000 salariés peut structurer sa démarche sur 90 jours, sur la même trame que le programme général mais adaptée à l'entrepôt.

Les 30 premiers jours sont consacrés à la cartographie du site : audit terrain mené avec les chefs d'équipe des zones de picking, de cariste et de réception, entretiens avec le médecin du travail, et analyse des données de sinistralité des trois dernières années. L'implication des chefs d'équipe n'est pas une formalité : ce sont eux qui connaissent les gestes réels, les contournements informels et les postes que les opérateurs redoutent. Une cartographie construite depuis un bureau passe à côté de cette réalité de terrain. Les jours 30 à 60 servent à la priorisation : les postes de picking et de cariste sont en général les cibles prioritaires, mais l'ordre dépend de la baseline mesurée sur le site, avec une cotation ARS par poste et une distribution ACI par équipe. Les jours 60 à 90 lancent le pilote d'intervention : adaptation des postes prioritaires (zones hautes de prélèvement, réglage des postes caristes), prise en charge individuelle de 10 à 20 salariés à ACI élevé, et sensibilisation ciblée.

Figure : un plan 90 jours pour un site logistique

Figure : plan d'action prévention TMS sur 90 jours pour un site logistique (schéma AXiO, trame indicative). La priorisation dépend de la baseline mesurée sur site. ARS (Indice de Risque AXiO), ACI (Indice de Chronicité AXiO), APR (ROI de Prévention AXiO).

Ce séquencement répond à deux erreurs fréquentes en logistique. La première est d'équiper avant d'évaluer : acheter des exosquelettes ou des transpalettes électriques sans avoir cartographié les postes conduit souvent à investir sur les mauvaises priorités. La seconde est d'agir sans mesurer la situation de départ, ce qui rend tout retour impossible à démontrer ensuite. Le plan 90 jours impose au contraire l'ordre juste : mesurer, prioriser, agir, puis mesurer de nouveau.

Au-delà des 90 jours, la mesure prend le relais : à 6 puis 12 mois, on suit l'APR réalisé, le déplacement de la distribution ACI et l'évolution de la sinistralité du site. Ce diagnostic n'est pas un livrable isolé : il alimente directement le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels, comme l'explique notre guide du DUERP TMS. Dans un secteur où la cotisation AT/MP dépend de la sinistralité réelle, cette boucle de mesure a aussi une portée économique directe : réduire les cas, c'est agir sur le taux de cotisation des années suivantes.

FAQ

Pourquoi le secteur logistique est-il particulièrement exposé aux TMS ? Parce que ses conditions de travail concentrent les facteurs de risque : manutention manuelle, gestes répétitifs, cadences soutenues, port de charges, vibrations. Selon la CNAM (2024), 89 % des maladies professionnelles reconnues dans le secteur transport et logistique (CTN C) sont des TMS, et l'indice de fréquence des accidents y dépasse nettement la moyenne nationale.

Quels sont les postes logistiques les plus exposés aux TMS ? Le cariste (vibrations, posture assise, torsions cervicales), le préparateur de commandes ou picking (gestes répétitifs, cadence, port de charges), et l'agent de réception ou d'expédition (manutentions lourdes, contraintes lombaires). Les affections de l'épaule, du poignet et du coude concentrent l'essentiel des cas reconnus (CNAM, 2024).

Comment évaluer les risques TMS dans un entrepôt ? À trois niveaux : la cartographie des postes (outils RULA, REBA, OCRA, méthode INRS), l'évaluation individuelle des salariés à risque de chronicité (indices ARS et ACI), et l'analyse organisationnelle (cadence, rotation, plan de charge). L'évaluation doit être conduite au niveau du site, car la sinistralité varie fortement d'un entrepôt à l'autre.

Quel budget prévoir pour un programme prévention TMS dans une plateforme logistique ? Le budget dépend de l'effectif et du nombre de postes exposés. Il démarre par un diagnostic (à partir d'une Journée Pilote, 490 euros HT), suivi d'un programme sur douze mois calibré sur la baseline du site. Le budget de prévention reste une part faible du coût de la sinistralité qu'il permet d'éviter (voir notre guide du business case).

Quels équipements ergonomiques ont un vrai impact TMS en logistique ? Les aides mécaniques à la manutention (transpalettes électriques, tables à niveau constant), le réglage des postes caristes (siège, rétroviseurs), l'aménagement des hauteurs de prélèvement en picking, et les exosquelettes ciblés sur les postes à port de charge lourd. Leur efficacité est maximale combinée à une prise en charge individuelle précoce.

Sources

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